Le réchauffement climatique menace aussi la sécurité internationale

Publié le par Christophe Rossignol

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Selon l'Union européenne, le réchauffement climatique menace la sécurité internationale
LE MONDE | 11.03.08 | 08h57 • Mis à jour le 11.03.08 | 09h03 Bruxelles, bureau européen
Le réchauffement de la planète ne constitue pas seulement un danger pour l'environnement, il met aussi en péril la sécurité internationale. Tel est le leitmotiv d'un document établi conjointement par les services du haut représentant de l'Union européenne, Javier Solana, et de la Commission, qui sera présenté, jeudi 13 mars, aux chefs d'Etat et de gouvernement, au cours de la réunion du Conseil européen.
Selon ce rapport, les changements climatiques représentent un "multiplicateur de menaces", qui "exacerbe les tendances, les tensions et l'instabilité existantes". Aussi l'Union doit-elle se donner les moyens de répondre à ces risques en renforçant ses capacités "de recherche, d'analyse, de suivi et d'alerte rapide" et en améliorant ses outils de protection civile et de gestion de crises face aux catastrophes à venir.
Le texte distingue plusieurs formes de menaces liées aux changements climatiques. Certaines ont pour cause la recrudescence prévisible des conflits sur l'accès aux ressources. "La pénurie d'eau, en particulier, est susceptible de provoquer des troubles civils et des pertes économiques substantielles, même dans les économies solides", écrivent les auteurs, qui mentionnent aussi "les tensions liées à l'approvisionnement énergétique", dont la multiplication accroîtra l'instabilité. Les conflits pourraient également s'intensifier autour des ressources situées dans les régions polaires, rendues exploitables par le réchauffement.
"PERTES DE TERRITOIRES"
Les régions côtières, où vit près d'un cinquième de la population mondiale, sont particulièrement menacées. "Les mégapoles, et leurs infrastructures de soutien, telles que les installations portuaires et les raffineries de pétrole, sont souvent implantées en bord de mer ou dans les deltas des rivières", note le rapport, qui s'inquiète des conséquences de l'élévation du niveau de la mer. De plus, "le recul des côtes et la submersion de vastes zones pourraient entraîner des pertes de territoires, et même la disparition de pays entiers".
Autre conséquence possible, l'accroissement des migrations risque de créer des situations difficiles. Selon les Nations unies, indique le document, on dénombrera d'ici à 2020 des millions de migrants environnementaux. "Ces migrations, ajoute-t-il, pourraient se traduire par une augmentation du nombre de conflits dans les régions de transit et de destination."
Certaines des régions les plus vulnérables aux changements climatiques, comme l'Afrique du Nord et le Proche-Orient, étant voisines de l'Union européenne, celle-ci devrait connaître des pressions migratoires accrues.
Enfin, le réchauffement peut déstabiliser les Etats les plus fragiles, s'ils ne parviennent pas à y faire face, et favoriser la "radicalisation politique". Il risque aussi d'"attiser les ressentiments" entre les principaux responsables des changements climatiques et ceux qui seront les plus touchés.
Cette "fracture potentielle", selon le rapport, ne sera pas seulement une division Nord-Sud mais comportera une dimension Sud-Sud, avec la part croissante de la Chine et de l'Inde dans les émissions mondiales.
Thomas Ferenczi
**************************************** Les minorités sont les premières victimes du réchauffement climatique
LEMONDE.FR avec AFP | 11.03.08 | 17h18 • Mis à jour le 11.03.08 | 17h45
Certaines minorités ethniques sont particulièrement menacées de disparition par les bouleversements climatiques, selon le rapport annuel sur l'état des minorités dans le monde de l'organisation Minority Rights Group (MRG), publié mardi 11 mars.
Une étude portant sur plusieurs désastres environnementaux récents dans le monde montre que ce sont les minorités et les groupes indigènes qui ont été le plus touchés par les changements climatiques tandis que, quand une catastrophe naturelle survient, ils sont les derniers auxquels l'aide parvient, souligne le MRG.
C'est l'Afrique qui devrait être parmi les continents les plus touchés. "A cause de la sécheresse, les populations rurales vont particulièrement souffrir", a insisté Ishbel Matheson, responsable de la politique et de la communication du MRG. Ainsi, dans le nord du Kenya, les sécheresses de plus en plus fréquentes et sévères ainsi que les inondations modifient durablement les conditions de vie des ethnies pastorales. Traditionnellement, les bergers vivent de l'élevage de chèvres ou de chameaux, mais la sécheresse en 2005 et 2006 a réduit de 70 % les troupeaux, laissant 80 % des bergers dépendre de l'aide alimentaire internationale.
CONSÉQUENCES INDIRECTES DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
La relation étroite qu'entretiennent de nombreux peuples indigènes avec leur environnement les rend aussi particulièrement sensibles à l'impact du changement climatique. Dans l'Arctique, région où le réchauffement de l'atmosphère est deux fois plus rapide que dans le reste du monde, vivent environ 400 000 indigènes dont les Sâmes (Lapons) du nord de l'Europe. Ceux-ci vivent de l'élevage traditionnel des rennes ; or le lichen, dont se nourrissent ces animaux, se raréfie sous l'effet conjugué de la hausse des températures et des pluies. Et l'amincissement de la glace rend l'accès aux routes migratoires des rennes dangereux.
Enfin, le rapport de l'ONG souligne de nouvelles conséquences indirectes du réchauffement climatique. Paradoxalement, les agrocarburants, présentés comme étant une solution pour la baisse d'émission de gaz à effet de serre, menacent parfois la survie de minorités. Des populations amérindiennes en Amérique latine sont ainsi souvent expulsées de force de leurs villages et leurs ressources alimentaires détruites pour permettre la plantation de nouvelles cultures destinées à la production d'agrocarburants.

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