"le nucléaire n’est pas une énergie durable"

Publié le par Christophe Rossignol

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«L’Europe peut devenir leader en matière d’énergies renouvelables» Paul Magnette, ministre belge du Climat
et de l’Energie.
Recueilli à Bruxelles par JULIE MAJERZACK et JEAN QUATREMER QUOTIDIEN : vendredi 14 mars 2008 L’Union européenne veut montrer l’exemple dans la lutte contre le réchangement
climatique. Les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt-sept, réunis depuis hier soir à Bruxelles, doivent réaffirmer l’objecti ambitieux, arrêté il y a un an, de réduire de 20 % leurs émissions de gaz effet de serre d’ici à 2020. Pour cela, ils vont charger la France de fair adopter sous sa présidence, au deuxième semestre 2008, des mesure concrètes de manière à être prêts pour la conférence décisive de l’ONU su le climat, fin 2009.
Mais le prix à payer passe mal. Paul Magnette, ministre belge du Climat et de l’Energie, décrypte les enjeux clés des négociations venir
La détermination des Vingt-Sept à lutter contre le réchauffement climatique n’a-t-elle pas faibli, maintenant que les Etats ont fait leurs comptes ?
Il est normal que la négociation se muscle dès lors que l’on rentre dans le calcul de la répartition de l’effort entre Etats membres et du coût pour chacun en terme d’investissements. Mais la détermination n’a pas fléchi. La Commission évalue le coût de la lutte contre le changement climatique à 0,5 %, voire 1 % du PIB européen (soit 100 milliards d’euros) chaque année…
Il est pratiquement impossible de donner un montant global, car le coût intègre un tel nombre de facteurs qu’il faudrait bâtir des centaines de scénarios. Par exemple, des estimations se basent sur un pétrole à 62 dollars le baril. Or on est déjà à 110, et certains experts prévoient que l’on sera à 200 dollars d’ici sept ou huit ans. Mais plus le prix du baril est élevé, plus les énergies renouvelables deviennent abordables.
On peut même imaginer un scénario où cette dernière deviendra moins chère que les énergies fossiles. Quoi qu’il en soit, le coût à court terme sera élevé… En terme de dépenses publiques, il y aura clairement un coût.
Mais il faut voir plus large. La Commission ne propose rien de moins que d’entrer dans une troisième révolution industrielle ; après celle du XIXe siècle, avec le charbon et la vapeur, et celle du XXe siècle, avec le pétrole et la chimie.
Celle que nous allons vivre reposera sur des technologies nouvelles de production, de stockage et de consommation rationnelle d’énergie. Il y a là un potentiel d’innovation technologique, de production industrielle, de construction, d’entretien et de remplacement des infrastructures qui est un énorme gisement d’emplois et de croissance et qui est pour l’Europe une occasion de devenir le leader mondial.
N’y a-t-il pas un risque de délocalisations vers des pays où il n’y a aucune contrainte environnementale ?
Ce risque existe, mais les propositions de la Commission en tiennent compte : les droits d’émission seront calculés par secteurs d’activité pour éviter un dumping entre Etats membres. La Commission prévoit aussi des exemptions pour les entreprises fortement consommatrices d’énergie ou soumises à une forte concurrence internationale afin de tenir compte des risques de dumping provenant de l’extérieur de l’Union. Nous allons essayer de convaincre les pays tiers, surtout les Etats-Unis, la Chine et l’Inde, d’entrer dans l’après Kyoto.
Personne ne se dit : on va faire une révolution environnementale, et tant pis pour la casse sociale.
Le nucléaire n’est-il pas relégitimé ?
Qu’on le veuille ou non, la sortie du nucléaire, qui sera effective en Belgique en 2025, est d’ores et déjà programmée.
Il reste quarante à cinquante ans d’uranium ; autrement dit, le nucléaire n’est pas une énergie durable. Le rôle du politique, c’est d’anticiper : autant donc organiser la sortie du nucléaire et réussir la transition vers les énergies renouvelables.

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