OGM : des élus sous pression des lobby semanciers

Publié le par Christophe Rossignol

Mercredi 02 Avril 2008 OGM: Des élus sous pression? Par Rémi DUCHEMIN LeJDD.fr
Alors que l'examen du projet de loi sur les OGM se poursuit au Parlement, plusieurs voix, dont celle du député UMP de la Moselle François Grosdidier, s'élèvent pour protester contre les dispositions du texte, mais aussi contre les pressions exercées par les syndicats sur les élus ruraux de la majorité, et par le lobby semencier sur la Commission économique et sociale de l'Assemblée.
L'adoption du projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés ne s'annonce décidément pas comme un long fleuve tranquille pour la majorité. Soumise à une opposition acharnée des associations et de la gauche, dont les Verts qui ont annoncé qu'ils se "battraient comme des chiens", l'UMP doit aussi composer avec des voix discordantes venues de son côté de l'hémicycle. Et la contestation n'est pas moins virulente. Car aux critiques sur les dispositions comprises dans le texte s'ajoutent des indignations sur les pressions destinées à faire pencher le vote en faveur de la loi.
"Il y a des pressions exercées à la base par les organisations syndicales comme la CGT ou la FNSEA pour que les députés ne s'opposent pas à la loi, assure au JDD.fr François Grosdidier, député UMP de la Moselle. Quand on vous fait comprendre que votre permanence risque d'être visée, vous réfléchissez à deux fois." Du coup, le maire de Woippy affirme que "beaucoup de collègues qui soutenaient les amendements déposés n'osent plus se prononcer. Je tiens à dénoncer ces pressions et je trouve choquant qu'elles puissent infléchir le débat démocratique."
Grosdidier : "Je voterai contre"
Cela n'empêche toutefois pas à une certaine grogne de parcourir les rangs UMP. "La plupart de mes collègues restent attachés aux principes du Grenelle de l'Environnement", poursuit François Grosdidier. Or le Sénat a grandement modifié le texte le 8 février dernier, et beaucoup estiment que la philosophie initiale n'y est plus. Par exemple, "le principe de précaution est battu en brèche" déplore encore le député de Moselle. De là à imaginer qu'un nombre plus ou moins important de députés UMP votent contre le texte, il n'y a qu'un pas, d'autant que Jean-François Copé, président du groupe à l'Assemblée, a laissé la liberté aux élus de la majorité de voter selon leur conscience. "Si, en fin de compte, le texte du Sénat persiste, et c'est bien parti pour, je voterai contre. Et énormément de députés ruraux de l'UMP pensent comme moi," prévient François Grosdidier.
Une pression sur les députés donc, mais aussi un lobbying important à des niveaux plus élevés. "Il y a un travail en amont du lobby semencier sur la Commission économique et sociale de l'Assemblée. Du coup, nos amendements dissonants ne sont jamais débattus, puisque c'est la Commission qui décide de tout," assure encore François Grosdidier. Le député rejoint ainsi un autre élu UMP, le sénateur Jean-François Le Grand, qui a accusé certains de ses collègues d'avoir été "actionnés" par les grands groupes semenciers. "La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale, assure le sénateur de la Manche dans Le Monde du 2 avril. (...) J'ai été approché par Monsanto, et j'ai refusé de leur parler. Je veux rester libre."
Ces accusations ont fait bondir dans les hautes sphères de l'Assemblée. "Le bureau s'est vivement ému des propos accusateurs et choquants tenus par le sénateur Le Grand mettant en cause l'indépendance des parlementaires et laissant entendre qu'ils ne débattraient pas en toute liberté. De tels propos ne peuvent qu'alimenter l'anti-parlementarisme", assène ainsi un communiqué émanant du bureau de l'Assemblée nationale. N'empêche. La suspicion persiste, d'autant que la force de persuasion de Monsanto n'est plus à démontrer, et le front majoritaire s'effrite. Le vote des premiers amendements, à partir de mardi après-midi, pourrait réserver quelques surprises.

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