Agro-carburants : crime contre l'humanité", "menaces pour l´environnement"

Publié le par Christophe Rossignol

BRUXELLES, 14 avr 2008 (AFP) - "Crime contre l'humanité", "menace pour l'environnement": les biocarburants sont ouvertement critiqués, mais les responsables européens refusent de les abandonner, par crainte de remettre en cause tout leur plan de lutte contre le réchauffement climatique.
"Il n'est pas question pour l'instant de suspendre l'objectif fixé pour les biocarburants", a affirmé lundi Barbara Helfferich, porte-parole du commissaire à l'Environnement Stavros Dimas.
Les dirigeants européens, qui veulent montrer l'exemple contre le réchauffement, se sont engagés à réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre de l'UE d'ici à 2020.
Pour ce faire, ils veulent porter à 2O% la part des énergies renouvelables et imposer 10% de biocarburants pour les transports. Ils espèrent trouver un accord pour mettre en oeuvre ce plan d'ici fin 2008.
"On ne peut pas changer un objectif politique sous peine d'avoir un débat sur tous les autres objectifs", a expliqué à l'AFP un responsable européen sous couvert de l'anonymat.
Les critiques se font pourtant de plus en plus dures contre les biocarburants face à l'envolée des prix alimentaires et la multiplication des émeutes contre la faim dans les pays en développement.
"La fabrication de biocarburants est aujourd'hui un crime contre l'humanité", a tonné lundi le Suisse Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation.
L'Agence européenne de l'Environnement, un organisme relevant directement de la Commission européenne, a recommandé vendredi de "suspendre" l'objectif pour les biocarburants en raison des "menaces pour l'environnement".
Les dirigeants européens sont conscients de ces critiques, mais ils ont décidé de conserver leur objectif "à la condition d'assurer une durabilité de cette production et la promotion des biocarburants de la seconde génération", souligne M. Dimas.
Le problème est que "les procédés de fabrication pour la seconde génération ne sont pas complètement au point", a confié à l'AFP ce week-end la secrétaire d'Etat française à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet. "Cela peut prendre entre 10 et 20 ans", a-t-elle souligné.
Les carburants "verts" de la première génération - biodiesel et éthanol - sont produits avec des graisses et des sucres tirés de végétaux - blé, colza, maïs, betterave - également cultivés pour l'alimentation humaine et animale.
La seconde génération de biocarburants, comme l'éthanol cellulosique, utilise elle les résidus, comme les fanes des betteraves, la paille du maïs, grâce à la thermochimie et à la gazéification.
Les 27 pays de l'UE devraient approuver le 7 mai des critères très stricts pour la production de ces biocarburants, selon la Commission.
Plusieurs dirigeants européens avaient fait part de leurs préoccupations face aux biocarburants lors du sommet européen de mars.
Le chef du gouvernement italien Romano Prodi avait dénoncé le fait que les "cultures énergétiques" bénéficient de subventions.
"Accorder d'énormes subventions pour produire les biocarburants est inacceptable moralement et irresponsable", s'était insurgé fin mars le patron du géant agroalimentaire Nestlé, Peter Brabeck. Si cela continue, "il n'y aura plus rien à manger", avait-il averti.
"La production agricole à des fins alimentaires doit être clairement prioritaire", a renchéri lundi le ministre français de l'Agriculture Michel Barnier.
La Commission européenne a entendu le message. "Nous allons proposer aux Etats membres de supprimer ces subventions", a confirmé lundi son porte-parole à l'Agriculture, Michael Mann.
L'aide est consistante: "90 millions d'euros pour 2 millions d'hectares", soit 45 euros l'hectare, a-t-il précisé.
Agence France-Presse

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