L'Europe et le risque sanitaire des plastiques alimentaires ( BPA)

Publié le par Christophe Rossignol

L'Europe va réévaluer le risque sanitaire des plastiques alimentaires
LE MONDE | 05.05.08 | 14h20 • A la mi-avril, le gouvernement canadien annonçait son intention d'interdire la commercialisation de biberons constitués de plastique contenant du bisphénol A (BPA), substance désormais considérée comme toxique dans ce pays. Cette décision a aussitôt relancé, à l'échelon international, la controverse concernant les risques sanitaires inhérents à ce composé organique présent dans de très nombreuses matières plastiques et que l'on retrouve dans les fluides corporels de toutes les personnes, ou presque, vivant dans les pays industriels.
Aux Etats-Unis, plusieurs responsables démocrates viennent de demander à ce que la Food and Drug Administration réévalue les niveaux d'exposition pouvant être considérés comme acceptables d'un point de vue sanitaire. Interrogés par Le Monde, les responsables de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ont indiqué, vendredi 2 mai, qu'ils allaient procéder à cette réévaluation.
Le BPA est un produit chimique appartenant à la famille des composés organiques aromatiques. Cette substance est aussi considérée comme un perturbateur endocrinien. Elle a fait l'objet de nombreuses recherches dans les années 1930, lorsque l'on voyait en elle un possible oestrogène de synthèse.
La problématique sanitaire qui entoure le BPA a de nombreux points communs avec celles concernant les expositions aux faibles doses et qui menacent de grands intérêts économiques. Sur la base d'études scientifiques qu'elle avait le plus souvent financées, l'industrie des matières plastiques a longtemps soutenu que le BPA ne présentait aucun danger par voie alimentaire pour l'espèce humaine.
Mais d'autres études, indépendantes, menées sur la souris et sur l'homme, sont récemment arrivées à des conclusions différentes concernant tant le BPA que les phtalates. Ces derniers, aussi présents dans les plastiques et pouvant avoir une action négative sur les fonctions endocriniennes, ont fait l'objet d'interdictions - dans les jouets et articles de puériculture - dans l'Union européenne. Publiée en 2007 dans la revue Environmental Health Perspectives, une étude américaine avait établi chez l'homme des corrélations entre les taux urinaires de phtalates et l'obésité abdominale.
Concernant le BPA, le dernier avis émis par l'EFSA, à la demande de la Commission européenne, est daté du 29 novembre 2006. Il était plutôt rassurant. Les experts notaient que "les personnes étaient exposées au BPA à travers les aliments étant donné son utilisation dans certains plastiques et autres matériaux employés dans des produits tels que les bouteilles et les canettes". Mais ils estimaient que les résultats obtenus chez la souris ne pouvaient être extrapolés à l'homme du fait de la plus grande sensibilité du rongeur aux oestrogènes.
"Après avoir étudié en détail toutes les nouvelles données disponibles depuis les cinq dernières années", le groupe scientifique de l'EFSA proposait même de relever les niveaux d'exposition acceptables. Le groupe concluait ainsi que la "dose sans effet nocif observé" pouvait être située à 0,05 milligramme par kilogramme de poids corporel et par jour alors que celui fixé en 2002 était cinq fois inférieur. Pour sa part, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments ne s'est pas prononcée spécifiquement sur cette question.
"Au stade où nous en sommes, seules des études épidémiologiques et toxicologiques de grande ampleur et incluant de nombreux paramètres permettraient de fournir des résultats indiscutables en ce qui concerne la réalité des effets imputés au BPA, estime Thierry Pineau qui mène des recherches sur ce thème au pôle de toxicologie alimentaire de l'Institut national de la recherche agronomique à Toulouse.
En toute rigueur, ces études devraient également s'élargir aux xénobiotiques obésogènes, ces composés chimiques présents dans l'environnement et dont on peut raisonnablement soupçonner qu'ils sont, avec la sédentarité, impliqués dans l'épidémie d'obésité en plein développement dans les pays industriels."
Jean-Yves Nau
Lexique
Bisphénol A (BPA) : composé organique aromatique synthétisé pour la première fois en 1891.
Polycarbonate : contenant du BPA, ce plastique rigide est utilisé dans la production de biberons, d'ustensiles de cuisine, de récipients destinés aux fours à micro-ondes et à la conservation.
Résines époxy : dans le secteur alimentaire, elles servent de couche de protection intérieure des cannettes et des boîtes de conserve, ainsi que de revêtement des conteneurs d'eau et des cuves à vin . Elles contiennent du BPA. Celui-ci est aussi utilisé comme antioxydant dans les plastifiants et le PVC.
Voir aussi :
http://lesverts-lavie.over-blog.com/article-18930960.html
Bisphénol A (BPA): les Américains inquiets, les Européens pas encore
21/04/2008 09:54

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