Farines animales : le retour ?

Publié le par Christophe Rossignol

Les producteurs français de porcs favorables à la réintroduction des farines de viandes et d'os
LE MONDE | 07.05.08 | 17h01 •
L'augmentation du prix des céréales conduira-t-elle l'Union européenne à autoriser la réintroduction des farines de viandes et d'os dans certains circuits de l'alimentation des animaux d'élevage ?
Cette hypothèse est de plus en plus fréquemment évoquée, notamment par les éleveurs français de porcs qui n'ont toutefois encore formulé aucune demande officielle en ce sens au gouvernement, conscients qu'il s'agit d'un dossier sensible.
Ces farines, importante source potentielle de protéines animales, sont en effet interdites à la commercialisation dans l'ensemble de l'Union européenne depuis 2000, soit près de quinze ans après que l'on a établi en Grande-Bretagne leur responsabilité dans l'émergence et le développement de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Elles doivent depuis être stockées et détruites.
Guillaume Roué, vice-président de la Fédération nationale française des producteurs de porcs, estime qu'une utilisation partielle de certaines farines animales est aujourd'hui envisageable. Il s'agirait, selon lui, d'utiliser celles issues des porcs dans l'alimentation des volailles et inversement. Un tel système offrirait l'avantage de prévenir la forme de "cannibalisme" qui prévalait avant 2000 quand des herbivores étaient nourris avec des farines carnées. "Il faut bien reconnaître le fait que le cochon est un omnivore qui, ces dernières années, a été rendu végétarien", observe M. Roué qui s'offusque du fait que les principaux concurrents des producteurs français, les Américains et les Brésiliens, peuvent, eux, avoir recours aux farines animales et exporter leur production en Europe.
"MICROSOLUTION"
Les éleveurs de porcs français sont aujourd'hui confrontés à l'envolée des cours des céréales et du soja dont ils nourrissent leurs animaux et qui correspondent à 65 % de leurs coûts de production. Ils estiment que le recours aux farines animales permettrait une économie de 4 centimes le kilogramme de viande.
Ce dernier se vend aujourd'hui 1,15 euro alors même que le coût de production est de 1,60 euro. "Dans un contexte de crise alimentaire, c'est une microsolution, mais il faut gérer au plus près les denrées et ne pas gaspiller de source d'énergie", explique M. Roué.
Les producteurs souhaitent aussi que la France lève l'interdiction d'avoir recours aux graisses végétales, autorisées ailleurs dans l'Union européenne, sauf en Allemagne.
Pour l'heure, le gouvernement français n'entend pas répondre favorablement à la demande concernant les farines. "La France s'oppose au retour des farines animales.
L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a rappelé dans un avis de juillet 2007 l'importance de ne pas modifier les mesures destinées à éviter la reprise de la circulation de l'ESB, explique-t-on au ministère français de l'agriculture. L'interdiction de l'utilisation des protéines animales transformées doit être maintenue. C'est d'ailleurs la position de l'ensemble des états membres de l'Union européenne."
Des recherches sont toutefois en cours pour parvenir à quantifier et à préciser l'espèce d'origine des farines animales. Les premiers résultats seront connus en 2009. La question de la réintroduction de cette source d'énergie dans l'alimentation des porcs et des volailles redeviendra alors d'actualité.
Laetitia Clavreul et Jean-Yves Nau

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