Nés en 68 !

Publié le par Christophe Rossignol

Le mois de mai est bien terminé ! Si la polémique sur "le mariage annulé" ou le retour de Dany Cohn Bendit vous agace, profitez de votre temps et du temps maussade pour aller voir le film " Nés en 68 !
Mais dépêchez vous, pendant que les grosses productions du type "Sex and the City" et "Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal" remplissent les salles obscures, les films moins commerciaux restent peu de temps à l´affiche.
Nés en 68 !
Le film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau sorti mercredi 21 mai sur les écrans, n'est pas un documentaire mais un témoignage, c´est une vaste fresque romanesque qui retrace le parcours d'une poignée de jeunes idéalistes rassemblés autour de Catherine, jolie fleur de mai interprétée par Laetitia Casta.
Elle est tenace et persévérante, la « communauté » qui l'entoure se déchire ou s'étiole, mais Catherine reste le fil conducteur de deux générations, la sienne, qui avait 20 ans en 68, et celle des ses enfants, qui ont eu 20 ans dans les années 90.
Si la première partie du film, dix minutes consacrées à relater un mai 68 improbable entre portes cochères et soupentes parisiennes, est assez maladroite et fera grincer les dents de celles et ceux qui "j´y étais moi mossieu" ;
en revanche, le spectateur se laisse happer par le parcours sinueux des personnages au fil des 40 années qui suivent :
comment tenir avec ses idéaux dans une France libérée de son carcan traditionaliste qui a cru au 10 mai 81 et qui fut brutalement confrontée aux mensonges du SIDA, à l'arrogance de la droite conquérante, au choc de Saint-Bernard, à l'angoisse des crises, au vertige de la richesse internet, au choc du Front National (irrésistible passage dans lequel Yves, sous le choc, s'abîme dans de sombres lectures, d'Hannah Arendt à Michel Winock en passant par le journal d'Anne Franck !)…
la boucle est bouclée avec le discours de campagne de Nicolas Sarkozy, pourfendeur de 68 mais " jouisseur sans entrave" selon la formulle de DCB, encore lui!
Que reste-t-il de 68 ?
Que reste-t-il d'une révolution menée par des individus qui ne voulaient (tous) pas prendre le pouvoir, mais l'ouvrir ?
68 est une page de l'histoire mondiale qui a enfanté une génération du dialogue, de la liberté sur tous les fronts, du droit à l'indignation et par conséquent à la révolte.
Faut-il entretenir la nostalgie d'une époque révolue, balayer l'héritage d'une formule assassine ou considérer que nous en avons conservé le meilleur ?
Idéalement, nous sommes devenus des hommes et des femmes libres de corps et d'esprit… mais conformistes, spontanés… mais craintifs, solidaires… mais individualistes, ouverts au monde…mais égocentriques , engagés… et inquiets.
Quelles sont aujourd'hui les vertus de l'engagement sinon une faculté de vigilance, une capacité à écarter les coudes pour desserrer le carcan d'une société du repli sur soi, une possibilité donnée aux individus de rêver un futur vivable, la volonté de le réaliser ?
Rien n'a jamais été facile pour la jeunesse, pas plus pour celle de 68 que pour celle de 2008, elle se débat dans ses contradictions, se frotte au pouvoir, embrasse des causes nobles ou perdues, mais déborde aussi d'une vitalité qui fera mentir les esprits chagrins qui lui prédisent des lendemains qui déchantent.
68 c´est également pour certains le début de l´écologie politique, de L'An 01 de Gébé - à "la société du spectacle "de Debord et "la société de consommation" de Baudrillard....
Tiens aujourd´hui, c´est la Journée mondiale de l'environnement, le procès des faucheurs d´OGM, la crise alimentaire qui perdure, l´accident nucléaire en Slovénie.....
Continuons le débat, continuons à resister et construire et bon film !
5 juin 2007 Christophe Rossignol

Publié dans Mobilisation

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