Réforme du Chômage : des "conséquences dramatiques"

Publié le par Christophe Rossignol

Demandeurs d’emploi : les sanctionner, faute de les employer.....
Voir sur le site du MNCP :
   http://www.mncp.fr/

et également :

PARIS, 18 juillet 2008 (AFP) - L'Assemblée a adopté dans la nuit de jeudi à vendredi le projet de loi sur les "droits et devoirs des demandeurs d'emploi", prévoyant la radiation d'un chômeur qui refuserait deux "offres raisonnables d'emploi". L'UMP et ses partenaires du Nouveau centre (NC) ont voté pour, l'opposition (PS, Verts, PCF) a voté contre ce texte déjà adopté par le Sénat. "La philosophie était de mieux accompagner (les demandeurs d'emploi) avec du sur-mesure et, d'autre part, de mieux contrôler les abus", a résumé le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez.
Le député PS Michel Issindou a dénoncé un "texte humiliant pour les demandeurs d'emplois" et le PCF Maxime Gremetz a parlé d'une "régression du code du travail". Le texte institue la notion de "projet personnel d'accès à l'emploi" et "d'offres raisonnables d'emploi". Un chômeur sera radié des listes du service public de l'emploi s'il refuse deux "offres raisonnables". Dès le 4e mois de chômage, les demandeurs d'emploi devront accepter un emploi rémunéré à au moins 95% de leur salaire antérieur, 85% au bout de six mois, et du montant de l'allocation qu'ils perçoivent au bout d'un an. Les députés ont adopté un amendement indiquant que ces durées "sont prorogées du temps de formation", pour "encourager et non pénaliser les demandeurs d'emploi qui suivent une formation".
Cet amendement de Martine Billard (Vert) a été soutenu par le Nouveau centre avec l'avis favorable de Laurent Wauquiez, dans un moment de consensus que ne laissait pas présager le début de la discussion. M. Wauquiez, qui défendait son premier texte à l'Assemblée, avait en effet dénoncé "l'obstruction idéologique de la gauche" avec plus de 1.500 amendements déposés pour seulement trois articles. "C'est notre droit !", lui avait répondu Jean Mallot (PS). Par ailleurs, l'Assemblée a aussi voté la suppression progressive d'ici 2012 de la dispense de recherche d'emploi (DRE) dont pouvaient bénéficier les chômeurs âgés de plus de 57,5 ans. "On ne peut pas continuer avec cette espèce d'hypocrisie à trois acteurs: le gouvernement et les politiques, qui ont expulsé les seniors en dehors du marché de l'emploi pour gérer les statistiques, les employeurs, qui l'ont utilisé comme un instrument commode de gestion des ressources humaines, et aussi les partenaires sociaux, qui s'en sont parfois servi dans des procédures de licenciement collectif", a développé M. Wauquiez. Marisol Touraine (PS) et Martine Billard (Verte) se sont inquiétées de "l'absence totale de garanties apportées pour les seniors à ce stade". Enfin l'Assemblée a voté, à la demande du gouvernement, la création d'un "médiateur du service public de l'emploi", conçu comme voie de recours en faveur des chômeurs dans leurs relations avec l'ANPE. Le service public de l'emploi doit naître de la fusion ANPE-Unedic, qui doit être effective dans les prochains mois.

http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200829/chomeurs-une-reforme-hypocrite_133959.html 

Chômeurs: Une réforme "hypocrite"

Propos recueillis par Claire ANGOT 

>>Codirectrice d'une maison de chômeurs et administratrice du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), Marie Lacoste revient sur le projet de loi sur les droits et devoirs des demandeurs d'emploi, et la notion d' "offre raisonnable d'emploi". Son association dénonce les "conséquences dramatiques" de la loi et appelle "à se poser les vraies questions".

Nous sommes très inquiets et en colère. En colère de voir que cette loi a été votée contre l'avis de toutes les centrales syndicales de salariés, qui la rejetaient pourtant à l'unanimité. Et inquiets des conséquences dramatiques que la loi va avoir. C'est un rouleau compresseur qui va toujours dans le même sens, c'est une catastrophe. Le cadre défini est bien trop strict. On risque d'aller vers des radiations systématiques et injustifiées. Le chômeur a cotisé, il est normal qu'il perçoive des droits. Si l'on posait des conditions aussi restrictives sur le versement de l'allocation retraite, je pense que les choses se passeraient nettement moins bien ! 

Qu'est-ce qui est trop strict dans cette définition de l'"offre d'emploi raisonnable"?
Pour l'heure, elle n'est définie que par deux critères : la distance par rapport au domicile et le salaire. Quid de la formation, de l'expérience professionnelle, des compétences? C'est nier le passé du salarié, son histoire, ses envies de carrière. Auparavant, les agents ANPE avaient une marge d'évaluation pour apprécier tout cela avec le demandeur d'emploi. A présent, ils devront appliquer strictement cette loi. Gare aux chômeurs qui seront suivis par des conseillers avides de faire du zèle. 

Vous dites que tous les salariés, actifs ou inactifs, seront touchés. Pourquoi? 
Avec cette réforme, c'est l'ensemble du marché du travail qui sera tiré vers le bas. C'est l'ensemble des salariés qui va trinquer. Sans doute le grand public se dit que c'est une bonne chose de forcer les chômeurs à travailler, mais il ne sait pas forcément que sur l'ensemble des offres proposées par l'ANPE, 70% sont des offres précaires, des CDD, des contrats sous-payés. Si les chômeurs acceptent ces offres, par ricochet, le salarié qui lui est en poste aura moins de latitude pour évoluer dans son poste, demander une augmentation. Il aura peur de changer de travail. Sous couvert de résoudre les problèmes liés à la pénurie de main d'oeuvre de certains secteurs, le gouvernement avance encore plus dans la casse du droit de travail.

Vous pensez que la réforme sera inefficace même dans les secteurs où il y a pénurie? 
Soyons honnêtes, les offres qui ne sont pas pourvues et qui posent problème concerne 3 secteurs : le bâtiment, la restauration et les services à la personne. Ces offres ne sont pas pourvues parce qu'elles sont incompatibles avec une vie de famille "
normale", et que ces contrats sont payés au lance-pierre. Il faut peut-être alors se poser les vraies questions ! Et de toutes manières, un chômeur ne s'improvisera pas comme ça maçon ou cuisinier du jour au lendemain. Enfin, on estime à 200 000 ces offres non pourvues qui posent problème, et l'on sait bien qu'il n'y a pas seulement 200 000 chômeurs en France. Cette réforme est parfaitement hypocrite, démagogique et électoraliste. Le but est encore de faire baisser artificiellement les chiffres du chômage.

Pourquoi cette loi ferait baisser artificiellement le chômage?
Un chômeur sur deux seulement reçoit des allocations. Maintenir le lien avec ceux qui ne sont pas indemnisés pour les aider au mieux est très difficile. Avec cette réforme, on veut leur imposer des choix qui ne sont pas les leurs. Le risque pour eux, c'est un profond ras-le-bol. Ils finiront par ne plus aller à l'ANPE et se reporter sur le RMI. Cela fera baisser les chiffres du chômage mais pas la précarité. Loin de là. 

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