Europe écologie : pour une politique de l’espérance

Publié le par Christophe Rossignol

 

 

1. Plus qu'une crise, une remise en cause

Brutale, multiple et profonde, la crise que nous subissons est bien plus qu’un mouvement d’humeur du climat, une tornade plus forte qu’à l’ordinaire ou une tempête plus longue et violente que les autres. Brutale, elle jette des familles entières dans la crainte du quotidien et la précarité du lendemain. Multiple, elle ne se limite pas aux conséquences sociales et économiques de l’effondrement spectaculaire du système financier mondial. Elle combine le temps court du chômage de masse, le temps moyen de l’appauvrissement collectif et le temps long de la dégradation de notre environnement. C'est enfin une crise profonde, celle d’une civilisation occidentale rattrapée par les failles du modèle de développement qui avait fait sa richesse et permis sa domination.

Cette crise socio-écologique du capitalisme est en fait la remise en cause d’un modèle de surexploitation des ressources naturelles (épuisement des matières premières et dégradation irréversible de notre environnement) et humaines (souffrance au travail jusqu’au suicide, contrôle managérial et pression productiviste).

Nous faisons face à une double urgence, celle de protéger des populations frappées par une crise qu’elles n’ont pas provoquée, et celle de transformer un système condamné par les faits. Catastrophes survenues et catastrophes imminentes : c’est à l’effondrement de l’espérance que nous assistons.

 

2. Au-delà de la colère : une politique de l’espérance 

Le dérèglement n'est pas seulement climatique, il affecte aussi nos sociétés et notre système de valeurs. Car le danger aujourd'hui est moins dans la banalisation du mal que dans le mal de la banalisation, dans la corruption ordinaire de nos structures et nos cadres de référence. On ne moralisera pas le capitalisme par des incantations et quelques sommets internationaux, mais en refusant résolument sa logique productiviste et aliénante : cette crise met à nu les impasses dans lesquelles nous sommes engagés. Face à l'injustice et au mensonge, la colère est légitime, mais la violence ne résout rien. Les temps appellent d’autres réponses que des révoltes sans lendemain. Car pendant que nous réglons nos comptes, la planète se meurt et des pans entiers de l'humanité sont précipités dans la pauvreté et la précarité.

Ce qu’il nous faut c’est l’espérance. Et la plus haute forme d’espérance, c’est le désespoir surmonté.

  

3. L’impératif absolu

C’est impératif, on ne pourra plus revenir à ce qu’il y avait avant. S’il y a une leçon à tirer de ces temps de crise, c’est qu’il ne peut y avoir de salut que collectif. Dans la prise de conscience des urgences et dans les réponses communes qu’elles exigent.

C’est ce qu'incarne le Rassemblement Europe-Ecologie. Le bon traitement d’une crise dépend d'abord de la qualité du diagnostic, et celui de l'écologie prend en compte la réalité dans sa globalité : humaine et naturelle, sociale, économique, politique et culturelle. Un diagnostic plus exigeant que ceux qui se complaisent dans le sauvetage ou le rejet du système, sans réfléchir aux formes d'alternative crédible.

Écologique, sociale et culturelle, la vision portée par Europe-Ecologie fait justement ce pari de l'intelligence collective et de la valeur de chaque individu, dans une politique de civilisation. Il est grand temps de changer d’ère et transformer nos manières de produire, de consommer, de nous déplacer, de vivre. Il est grand temps de penser la métamorphose de la politique, de lier le global au local, le simple au complexe, la défense des produits de première nécessité à celle des produits de haute nécessité.

L’essoufflement des formes politiques, vidées par les gesticulations hypocrites, la corruption ordinaire et l’imposture des postures ne signifie pas l’épuisement du politique. S’il y a dans l'homme deux ressources inépuisables, c’est le courage et l’imagination. Tant que l’espérance les nourrit.

 

 

Ce texte a été signé par Stéphane Hessel, Paul Virillo (Urbaniste, philosophe et essayiste) et Peter Sloterdijk (philosophe)

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