Rentrée 2010 : les cinq erreurs de Monsieur Chatel

Publié le par Christophe Rossignol

Communiqué de presse du 1er septembre 2010

Voilà le temps de la rentrée scolaire, marronnier habituel de l’automne approchant. Pourtant cette rentrée 2010 est bien particulière, tant le gouvernement et son ministre de l’éducation concrétisent des choix politiques qui nous paraissent de véritables erreurs.

La première erreur, c’est de considérer l’éducation et la formation comme un coût plutôt que comme un investissement pour l’avenir. Le non-remplacement d’un professeur sur deux, application aveugle de la RGPP, aura un effet infinitésimal sur la réduction du déficit public mais des conséquences importantes sur la qualité de l’enseignement donné à nos jeunes. Encore 16 000 postes supprimés cette année, ce sera moins de professeurs remplaçants, une augmentation des effectifs par classe, moins de temps disponible pour les élèves en décrochage... Ne sacrifions pas la dette éducative, sociale et écologique au seul profit de la dette financière.

La deuxième erreur, c’est de privilégier la défiance plutôt que la concertation. La mise en œuvre à marche forcée de la réforme du lycée, qui commence par celle de la classe de seconde cette année, en est un parfait exemple. Défiance envers les élèves, qui, fait historique, commencerons l’année sans leurs manuels scolaires. Défiance envers les conseils régionaux, qui devront financer les manuels adaptés au nouveau programme au moment même où l’Etat assèche les finances des collectivités territoriales. Pour la région des Pays de la Loire, c’est un effort supplémentaire de 2 millions d’euros pour cette rentrée.

La troisième erreur, c’est de choisir l’obsession répressive plutôt qu’un soutien aux familles en difficulté. Il est plus facile d’occuper les médias en proposant la suppression des allocations familiales pour les familles des élèves absentéistes, mesure injuste et inefficace, qu’en proposant des solutions concrètes pour aider ces familles à sortir la tête de l’eau. De même qu’on ne lutte plus contre le chômage, mais contre les chômeurs (suspects de ne pas chercher du travail et de profiter de l’aide sociale), on ne luttera plus contre le décrochage scolaire, la démobilisation des élèves, les difficultés des familles, mais contre la prétendue “démission” de parents qui, selon toutes les enquêtes et les recherches, s’avèrent plutôt “démunis” que “démissionnaires”. On sanctionne les personnes quand il faudrait s’attaquer aux causes, se demander pourquoi les élèves sont absents de l’école et pourquoi les familles ne peuvent ou ne veulent pas exercer leur autorité pour les amener à y aller.

La quatrième erreur, c’est de renoncer à donner aux enseignants les moyens suffisants pour exercer correctement leur mission. Les professionnels de l’éducation sont inquiets et désabusés ; ils oscillent entre rébellion et dépression. Il faut leur redonner la fierté du service public si essentiel qu’est l’éducation, l’autonomie et les moyens suffisants pour y réussir. Le temps nécessaire à la formation au métier d’enseignant est une brique essentielle pour relever ce défi. Les professeurs stagiaires seront dorénavant immédiatement en permanence face aux élèves sans temps de formation suffisant, comme si la formation au métier d’enseignant était un luxe dont on pouvait se passer.

La cinquième erreur, c’est de préférer la petite phrase et l’art de la communication aux réalités de terrain et à la pédagogie qu’il faut mettre en place. Le ministre vient d’annoncer que « toute violence verbale à l’égard des personnels entraînera une procédure disciplinaire, et toute violence physique donnera lieu à un conseil de discipline ». Pareille déclaration est doublement grave : elle montre que la réflexion du gouvernement sur la violence scolaire se limite à n’envisager que sa répression et pas sa prévention. En présentant cette orientation comme une nouveauté, il donne par ailleurs à croire que la sanction de tels actes serait devenue exceptionnelle. Il insulte ainsi les professionnels de l’éducation, qui, dans un contexte de réduction de la présence des adultes dans les établissements scolaires, n’ont pas attendu que le ministre leur rappelle que la violence devait être sanctionnée. Idem pour l’idée de faire lever les élèves à l’entrée en classe du professeur. La discipline émane du travail bien organisé et non l’inverse. C’est le sens de la formation du citoyen que doit promouvoir l’école : les règles et les interdits ne valent que par ce qu’ils autorisent ; les rituels par ce qu’ils rendent possible. Les cadres disciplinaires doivent faire l’objet d’une élaboration collective et avoir du sens pour tous les acteurs. Au risque de confondre l’éducation et le dressage.

Publié dans Info les Verts

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