Sondages : transparence, démocratie et manipulation de l'opinion publique.

Publié le par Christophe Rossignol

 

Sondages et transparence

La vie politique est désormais rythmée par les sondages. S’ils peuvent être des outils pour aider à comprendre des phénomènes sociologiques, force est de constater qu'ils sont de plus en plus utilisés à des fins partisanes et de propagande.

Face à l'accélération de la diffusion des informations, les précautions les plus élémentaires et investigations nécessaires au bon traitement de l’information sont souvent oubliées et les personnes les moins informées sont influencées par des "informations" simplistes et tronquées, quand elles ne sont pas délibérément orientées.

En effet, les médias disposent de moins en moins de temps pour analyser et décrypter et diffusent régulièrement les sondages sans rappeler les marges d'erreurs et pire sans citer les commanditaires.

Il est essentiel de rappeler que les sondages sont des actes commerciaux, et donc que le client qui commande un sondage à un rôle décisif comme tout acheteur.

A ce sujet les propos de Pierre Weill, Président directeur général de Sofres France sont éclairants : « Le terme institut (de sondage) est devenu obsolète pour caractériser ce métier. Le terme institut en rappelle les origines, avec un côté universitaire et sociologique, alors que la réalité actuelle est celle des entreprises et du business. ».

A titre d'exemple, la PDG de l'IFOP est Laurence Parisot, également l’actuelle présidente du MEDEF (Mouvement des entreprises de France).



L’exemple du sondage en Région Centre

Un sondage concernant les Elections Régionales en Région Centre fut récemment diffusé dans la presse locale, puis largement repris dans les médias nationaux, en raison notamment de la notoriété du sondeur : l'IFOP.
Malgré les polémiques récentes sur les sondages commandés par l'Elysée, nulle recherche ne fut effectuée pour connaître le commanditaire.

J'ai pourtant découvert assez simplement sur Internet que ce sondage avait été acheté par une entreprise de communication qui appartient à G. Peltier, ancien dirigeant du Front National Jeunesse, du MPF et adhérent de fraîche date à l'UMP en Région Centre.

Depuis, il a reconnu être effectivement le commanditaire de ce sondage.



Sur le site de l'IFOP, la première version du sondage mise en ligne précisait les intentions de vote par départements, avec des résultats assez délirants :

Dans le Cher, la liste Front de gauche est créditée de 1% alors qu'aux Elections Européennes son score fut 11,95 %

Dans le Cher encore, la liste Modem est créditée de 26 % alors qu'aux Elections Européennes son score fut 7,58 %

Dans l'Eure-et-Loir, la liste UMP est créditée de 42 % alors qu'aux Elections Européennes son score fut de 30,58 %

En Indre-et-Loire, M. Verdon ex FN est crédité de 8 % alors qu'aux Elections Européennes son score fut de 2,15 %

Dans le Loiret encore, le PS est crédité de 27 % alors qu'aux Elections Européennes 14,95 %

Dans le Loiret, la Liste Europe Ecologie est créditée de 12 % alors qu'aux Elections Européennes son score fut de 15, 05 %


Désormais, sur le site de l'IFOP, on retrouve une seconde version du même sondage sans les données départementales mais toujours sans aucune référence au fait que le sondage fut acheté par une société appartenant à un cadre de l'UMP !



Manipulations

Les données laissent songeur sur la rigueur méthodologique et les questions utilisées pour ce sondage sont plus que curieuses… Par exemple les sondés furent interrogés sur une liste "Ecologistes indépendants" dont on est à ce jour sans nouvelle.

Le sondage omet d’interroger les sondés sur leurs intentions de vote au second tour, sachant que dans cette configuration, les sondages actuels montrent une nette victoire de la Gauche et des Ecologistes pour les Elections Régionales.

De plus faire acheter un sondage par une entreprise appartenant à un cadre de l’UMP ressemble fort à une dissimulation de frais de campagne. Il semble évident que le coût de ce sondage doit être intégré aux coûts de campagne, qui rappelons-le sont limités…




Influence sur l'opinion publique

Sachant les millions d’euros sont dépensés en publicité pour influencer les consommateurs, on ne peut nier maintenant le fait que les citoyens sont également influencés par les médias et la communication politique.

Les résultats de ce sondage qui donnent à croire que le candidat UMP de la Région Centre aurait une forte avance au premier tour et pourrait même gagner les élections vont désormais avoir une influence sur la campagne électorale. La région Centre va devenir un enjeu national.
Cela va provoquer un défilé de ministres et même du Président qui sseront extrêmement médiatisées, ce qui aura une influence sur les électeurs.
Des observateurs de la vie politique risquent de fonder leurs analyses à partir des résultats de ce sondage. Les partis politiques pourraient changer de stratégie de campagne, avec une modification sensible de la mobilisation des militants à cause de ces résultats. Les citoyens qui veulent un réel changement et qui doutent encore de la démocratie pourraient se démotiver, penser que tout est dit, tout est joué d’avance, renoncer à voter...


Et les médias ?
Le sociologue Patrick Champagne a évoqué la mécanique qui lie le sondages et médias couvrant une campagne politique :
« Les journalistes traitent les candidats en fonction de leurs scores prévisibles et ne prennent pas au sérieux ce que proposent les "petits candidats" sauf, on l’a vu, si leur score progresse et menace les leaders. Ils transforment la campagne en une course poursuite dans laquelle les programmes comptent moins que les positions des candidats les uns par rapport aux autres. L’usage des sondages par les partis politiques n’est guère moins désastreux pour la démocratie en ce qu’il pousse au cynisme et à la manipulation au détriment des convictions. »


Il est donc impératif de manier les sondages avec précaution, et il est essentiel que les médias indépendants précisent les conditions d'exécution de ces sondages et en relativisent l'importance.
Rappelons que le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen donnait le «Oui» à plus de 60 % un mois avant le vote et qu’au début des Elections Européennes, la liste Europe Ecologie n’était crédité que 8% alors que son score a été de 16%.

Christophe Rossignol
tête de liste Indre et Loire
Europe écologie, région Centre

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Canard 06/02/2010 08:02


Je suis allé consulter le document PDF sur le site de l'IFOP.
Outre les anomalies que vous signalez, un autre point très étonnant dans ce sondage, c'est qu'il affirme (p.8) que la quasi-totalité des électeurs de la formation d'extrême droite
"France-Nouvelle"
sont recrutés parmi... les sympathisants LO/NPA !
Et même que 36% de ceux qui avaient voté Besancenot à la présidentielle s'apprêtent à voter pour cette liste plutôt que pour celle du NPA !

Le rédacteur de l'étude n'a hélas pas jugé utile de commenter cette intéressante particularité.