Chômage : il faut un plan d’urgence

"Il y a pire que le stress au travail, il y a le stress au chômage". Quand on sait que cette phrase n'émane pas d'un chômeur, mais du Ministre du travail, M. Xavier Darcos, cela peut étonner. Mais quand on découvre qu'elle a été prononcée devant l'Assemblée nationale, en référence explicite à la vague de suicides à France-Télécom, on ne peut qu'être indigné pour le cynisme d'une telle affirmation remise dans son contexte.

Comme nous fûmes indignés par les propos du  PDG de France Telecom lorsqu’il a évoqué une "mode" du suicide.

 

Il y a, dans cette posture politicienne face à la grave question de la souffrance au travail et au chômage la volonté d'opposer les personnes, les unes aux autres. Telle catégorie d'enseignants contre telle autre, immigrés "légaux" contre sans-papiers, agriculteurs contre salariés, habitants des villes contre "racaille" des cités...

De quoi vous plaignez-vous, vous les nantis de cette grande et prestigieuse entreprise désormais multinationale, quand des millions de personnes en France se pressent aux portes de Pôle emploi ? Vous êtes stressés ? La belle affaire. N'avez-vous pas honte de vous plaindre ? Il y a bien plus malheureux que vous.

 

 

Mais au delà des larmes de crocodiles, ou sont les actes, les mesures publiques, les plans d'action du ministre du Travail, pour combattre la souffrance au travail comme le suicide des chômeurs ? Vous n'avez jamais entendu parler du suicide des chômeurs? Nous, si. Des amis, mais aussi dans nos permanences d'associations de chômeurs et précaires, parmi les militants mêmes, chômeurs debouts, qui un jour ont pourtant craqué devant l'acharnement d'un système à les maintenir la tête sous l'eau. Oui, M. Darcos. Comme les sans-domicile meurent dans la rue dans une société riche, des milliers de personnes crèvent de ne pas travailler alors que d'autres sont écrasées par la course à la productivité, quand leur entreprise distribue bonus et profits. Dans l'indifférence du gouvernement.

Il s'agit pourtant de la vie et de la mort de milliers d'hommes et de femmes, au travail ou non. Chaque année en France, 160 000 personnes tentent de mettre fin à leurs jours et plus de 10 000 y parviennent, triste record. Bien sur, le suicide est une réponse intime face à une douleur incommensurable, l'impossibilité de continuer à (sur)vivre. Mais nous savons également depuis le livre " le suicide" du sociologue Emile Durkheim  que c'est également un fait social lié à des causes sociales et des déterminants sociaux.

 

 

Vous ne le saviez peut-être même pas, M. Darcos, mais ce mardi 20 octobre, jour où vous avez prononcé ces paroles, les organisations de chômeurs se sont déclarées solidaires de la grève menée par les salariés de Pôle emploi contre leur souffrance au travail et la dégradation du service rendu.

 

Il serait vain de réclamer votre démission, quand votre sort ne dépend que du bon vouloir du Président de la République. Mais il n'est pas interdit, au nom des chômeurs et des salariés, de vous demander des excuses. Après tout, si de votre propre aveu, la situation des précaires doit être à ce point prise en compte, et bien, prenez vos responsabilités. Excusez-vous et entendez la demande d'un plan d'urgence contre le chômage comme nous le réclamons depuis mars dernier.

 

 

 

Avec les associations de chômeurs et précaires nous demandons un plan d’urgence.

Il y en France près de deux millions de demandeurs d’emploi selon le gouvernement mais réellement quatre millions de chômeurs si l’on tient compte de l’ensemble des inscrits et moins d'un chômeur sur 2 est indemnisé par l'UNEDIC !

Les  associations sont débordées, la machine à radiation tourne à plein régime et des catégories entières de population sont précipitées dans la misère. Alors que les banques ont obtenu un soutien sans précédent du gouvernement, nos concitoyens les plus fragilisés sont aujourd'hui  oubliés voire méprisés.

Pour faire face à la crise il faut un plan d’urgence :

Pour le Pôle Emploi, il faut augmenter le personnel et cesser de radier les demandeurs d'emplois.

Il faut  en urgence une augmentation des minima sociaux  égal au moins au seuil de pauvreté, une augmentation du SMIC et le rétablissement des AER (allocation équivalent retraite), puis mettre en place un revenu décent pour tous.

Il faut également créer rapidement  300 000 emplois durables dans les secteurs social, environnemental et culturel… correspondant aux besoins réels des personnes, dans le tiers secteur associatif et les collectivités locales… mais aussi le maintien de l’emploi dans les services publics (santé, éducation…). Nous demandons aussi le maintien de l’allocation de fin de formation (AFF)

Pour contribuer au financement de ce plan d’urgence, nous demandons la suppression du bouclier fiscal.

Afin de donner un signe fort de solidarité et de justice nous appelons à soutenir les associations de chômeurs et à participer aux marches qu'elles organisent.

 

 

Robert Crémieux, Hubert Constancias, Jean-François Yon, anciens présidents du Mouvement National des Chômeurs et Précaires MNCP

Jean Desessard, Sénateur, ancien délégué général du MNCP

Christophe Rossignol, Conseiller régional, ancien vice-président du MNCP