Perte de la biodiversité et dérèglement climatique : un cercle infernal

Dans le domaine de l’environnement et de la protection de la nature, force est de constater  que les politiques adoptent bien souvent un double langage. Alors que l’Union Européenne s’engage à endiguer la réduction de la biodiversité d’ici 2010, elle continue parallèlement à financer massivement la construction de routes, de barrages qui menacent des espèces en danger d’extinction et des habitats très importants en Europe. 

En France,  les parlementaires qui viennent de voter la loi Grenelle 1 semblent frappés d’amnésie lorsqu’ils retournent dans leurs circonscriptions. Bonnes résolutions à Paris, pollutions et destructions en régions ? Circuit de formule 1 en Ile de France, aéroport à Nantes, autoroute A 10 Bis à Tours, Grand Contournement Ouest de Strasbourg, etc.

La liste des projets qui vont à l’encontre des préconisations du  Grenelle est considérable et s’allonge chaque jour. Rappelons que la Loi du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement   affiche « l'ambition de répondre au constat partagé et préoccupant d'une urgence écologique (…) et comme priorités de  « lutter contre le changement climatique et s’y adapter, préserver la biodiversité ainsi que les services qui y sont associés, contribuer à un environnement respectueux de la santé, préserver et mettre en valeur les paysages » pour assurer « un nouveau modèle de développement durable qui respecte l’environnement »

 

Incendies de forêts et déforestation, inondations, algues toxiques, pollution de l’air, pollution au pétrole lourd de la réserve naturelle de la Crau … Cet été encore les désastres écologiques s’enchaînent t’elle une malédiction inéluctable. Nous savons pourtant que  c’est notre  mode  de développement insoutenable  qui détruit la nature, dérègle le climat et appauvrit les sociétés humaines. Nous savons aussi que nous devons  agir, vite,  que nous n’avons plus le temps d’attendre car pour reprendre la formule de René Dumont, "L'humanité affronte une série de dangers qui n'ont jamais été aussi menaçants, car ils mettent en jeu, pour la première fois dans son histoire, sa survie même ».

D’après le Fonds mondial pour la nature, le changement climatique aura un impact considérable sur le la sécurité alimentaire et l’approvisionnement en eau de millions de personnes multipliant ainsi migrations et risques de conflits.

Augmentation des tempêtes, d’inondations, de canicules, épidémies de maladies infectieuses, pour l’Organisation Mondiale de la Santé le changement climatique est déjà responsable d’au moins 150 000 décès par an et ce chiffre devrait doubler d’ici à 2030. Enfin le rapport Stern estime que les coûts du changement climatique pourraient représenter  de 5 à 20% du PIB mondial en 2050.

Ce choc climatique provoque de profondes modifications de l’environnement et accélère les menaces sur la diversité du monde vivant, la nature, la biodiversité dont l’humanité dépend et fait partie. Nous vivons aujourd’hui la sixième grande crise d’extinction des espèces et le processus s’accélère : un cinquième de toutes les espèces vivantes pourrait disparaître d’ici 2030 - un cinquième de cette biodiversité qui nous assure notamment la qualité de l’air et de l’eau que nous consommons, mais aussi nos ressources alimentaires et énergétiques, et potentialités dans le domaine de la santé.

Les ressources naturelles ne sont pas inépuisables et la nature n'a pas comme seul but de servir à l'homme pour ses besoins à court terme. Elle est le résultat d'un équilibre fragile, et ce que nous considérons souvent comme inutile contribue à cet équilibre. C'est pour cela qu'il est nécessaire de maintenir la plus grande diversité biologique possible.

 

Les causes de  la perte de la biodiversité  et du dérèglement climatique sont connues et communes : nos modes de consommations et de production, agriculture intensive et pesticides, surpêche, gaspillage et surconsommation, dégradation et fragmentation des espaces naturels, pollutions … Nous connaissons les causes et conséquences de nos choix de développement mais les effets conjugués s’autoalimentant du changement climatique et de la perte de biodiversité font craindre des effets domino incommensurables.

 

Pour tenter d’endiguer ce cercle infernal, nous avons deux rendez vous à ne pas manquer : la conférence des Nations unies en décembre à Copenhague et l’année 2010 consacrée « année de la biodiversité ».

Pour préserver l’avenir de l’humanité il est indispensable de prendre à cette occasion des mesures exceptionnelles. Pourtant, pendant que des milliers de citoyens se mobilisent et répondent à l’appel des ONG (www.copenhague-2009.com),  des élus sous l’influence de lobbys ou de l’ignorance  s’accrochent  au vieux modèle productiviste du siècle dernier et continuent à penser et agir  comme s’il suffisait de repeindre la réalité d’une couche de peinture verte.

Quand on veut, on peut ! Pour lutter contre la crise financière les Etats ont levé des milliards. Il est temps que  la crise écologique soit traitée à la hauteur des enjeux qu’elle représente. Et plus encore que l’argent nécessaire, c’est la volonté, l’imagination et la cohérence dont nous avons besoin à toutes les échelons du territoires. Nous sommes confrontés à une crise globale mais il est impératif d’agir également au niveau local. Les temps changent, et nous devons changer notre mode de vie, nos façons de penser sous peine de voir la sombre prophétie d’un Indien Cree se réaliser « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement vous vous apercevrez que l'argent ne se mange pas."

Sandrine Bélier est députée européenne, membre des commissions parlementaires « Environnement, santé publique et sécurité alimentaire », « Affaires constitutionnelles » et « Pétitions » du Parlement Européen.

Jean-Vincent Placé est président du groupe des élus Verts au conseil régional d'Ile-de-France et président de Natureparif

Christophe Rossignol est conseiller régional du Centre et secrétaire général de la Fédération nationale des élus pour la promotion des énergies propres (Fneppep).